La Corée du Sud face à la vague de violence : quand l’utopie sécuritaire vole en éclats

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Longtemps perçue comme un havre de paix où la sécurité est rarement remise en question, la Corée du Sud a été brutalement confrontée à une vague de violence sans précédent à l'été 2023. Tout commence le 21 juillet, dans un quartier animé de Séoul. Choson, un homme d'une trentaine d'années, entre calmement dans une épicerie et dérobe deux grands couteaux. Quelques minutes plus tard, sans aucune hésitation, il attaque violemment un jeune homme de 22 ans devant la station de métro Chilim, le poignardant mortellement à plusieurs reprises.

La scène est terrifiante : après ce premier meurtre, Choson continue sa folie meurtrière dans une ruelle voisine, blessant gravement trois autres personnes avant d'attendre calmement l'arrivée de la police. Les images de son arrestation montrent un homme étrangement détaché, presque satisfait. Lors de son interrogatoire, ses propos déconcertants révèlent une motivation dérangeante : la victime lui rappelait un ancien ami dont il avait mal supporté l'homosexualité.

Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Ce premier acte de violence impulsive va inspirer une série d'autres attaques, plongeant la nation entière dans une spirale inquiétante. Le 3 août, à la station Soyeon, un étudiant de 22 ans lance une attaque sanglante, renversant des passants avec sa voiture avant de les attaquer au couteau dans un centre commercial. Bilan : deux morts et douze blessés graves.

Face à l'ampleur de ces incidents, le gouvernement sud-coréen réagit de manière radicale. L'état d'urgence est déclaré, des forces spéciales lourdement armées sont déployées dans tout le pays, avec l'ordre de tirer à vue sur toute menace potentielle. Des alertes incessantes plongent la population dans un état de panique permanent, chaque citoyen vivant désormais dans la peur constante d'une nouvelle attaque.

Dans ce climat tendu, d'autres agressions violentes surviennent, semblant alimentées par un phénomène inquiétant : la contagion criminelle. De nombreux individus commettent des actes violents, parfois pour des motifs absurdes ou simplement par curiosité morbide. Une femme poignarde plusieurs passagers dans le métro, agacée simplement d’avoir été appelée « ajuma » ("madame" en coréen). Un autre homme attaque au couteau simplement pour savoir « ce que ça fait ».

Les experts expliquent cette vague par l'effet domino créé par la médiatisation extrême des premiers incidents. Les criminels potentiels, inspirés par la visibilité donnée à ces actes terribles, passent à l’action, créant un cycle infernal de violence.

Le bilan est lourd : à la fin août 2023, plus de 469 menaces avaient été signalées, avec 223 arrestations. Mais les agressions ne s'arrêtent pas là, culminant début 2024 avec un acte politiquement chargé : l'attaque au couteau contre Jemong, candidat à la présidentielle, poignardé publiquement par un adversaire politique.

La série d'attaques de l'été 2023 aura profondément marqué la Corée du Sud, révélant une face sombre et inquiétante d'une société pourtant réputée pacifique. Une simple étincelle, l'attaque initiale du 21 juillet, aura suffi pour plonger tout un pays dans un chaos meurtrier, démontrant une fois de plus la puissance destructrice de la violence contagieuse à l’ère moderne.